Après les corsets

Elle était en train de ranger ses affaires après une séance de pose. Elle voulait immortaliser en photos deux corsets qu’elle avait terminés récemment. Elle venait de délacer et d’enlever son corset, celui à fleurs roses délicates. Alors qu’elle était en train de le plier, il l’arrêta. « Attends, ne bouge pas, la lumière est si belle. » Elle s’arrêta. Elle savait que le corset avait dû laisser des marques sur sa peau. Des agréables petits dessins, témoins de l’étreinte du corset autour d’elle. Elle savait aussi qu’il trouverait ces marques jolies. Elle tint le corset contre son corps et se laissa prendre en photo. Puis, toujours dans ce joli rayon de lumière, rangea la suite de ses affaires. Il continua à l’observer à travers son appareil.

L.W.

Photo : Conteur d’Histoires

Autoportraits argentiques

Cela faisait longtemps que je n’avais plus fait de photo. Cela me manque parfois, j’ai des fois un peu la nostalgie des cuves de développement et de la chambre noire. Je suis très souvent devant la caméra, maintenant, mais rarement derrière. J’avais ressorti mon vieil appareil, l’année passée, et fait deux films lors de mon dernier voyage au Japon. Je les ai fait développer en laboratoire – mais j’avoue que je trouve un peu frustrant de n’avoir aucun moyen d’agir sur le développement dès lors qu’on ne le fait pas soi-même. Mais qu’à cela ne tienne, je n’ai pas les moyens de faire du développement argentique en ce moment, donc finalement, n’est-ce pas mieux que rien ? Après ce voyage, mon appareil photo est retourné dormir dans mon armoire, bien sagement. Il me restait un film, encore dans sa boîte d’origine.

Mars 2020, confinement. C’était l’occasion de ressortir mon appareil et d’exposer enfin à la lumière cette pellicule qu’il me restait. Dans une variation du mot « confinement », j’ai attaché mes jambes en faisant de jolis nœuds avec une corde. C’était la première fois que je faisais des auto-portraits avec un appareil analogique.

L.W.

Photo : Lulu Wite