Valency, été 1927

Elle aimait les balades au parc. Valency était sa petite bulle de nature au milieu de la ville, à côté de chez elle. On pouvait presque y croire, une fois oublié le son de la ville derrière les arbres. Lieu de confidences, l’après-midi, parfois d’ivresse, le soir, elle s’y sentait bien. Certains recoins prenaient les airs d’un tableau d’impressionniste. Ce dimanche-là, elle sortait pour la première fois avec la robe qu’elle venait de terminer. C’était la fin de l’été, un orage avait éclaté l’après-midi durant. Déjà, le sol était sec.

L.W.

À la librairie

Depuis qu’elle sait lire, elle aime les livres. Ils lui permettent de s’immiscer dans la vie de personnes à chaque fois différentes. De vivre leurs émotions. C’est une sorte de voyeurisme, elle se dit. Elle peut les observer, les suivre. Se laisser inspirer par celles qu’elle admire. Peut-être grandit-on soi-même un tout petit peu à chaque livre qu’on lit ?

L.W.

Noyée

Lorsque sa tête s’enfonça dans l’eau, tout se tut. Elle n’entendit plus gronder le monde du dehors. Elle n’entendit plus les injustices. Les incohérences. La haine. Elle fut envoloppée d’un voile de silence épais et sentit ses propres souffrances se diluer peu à peu dans le fluide tiède dans lequel elle se noyait.

L.W.

Hantée

Par la fenêtre, elle guettait. Elle cherchait une issue. Un passage, vers ailleurs. Les carreaux étaient brisés, mais elle était incapable de s’enfuir. Fuir cette maison, disparaître. Quelque chose la retenait. La lumière du dehors était belle à regarder. Mais à l’intérieur, l’obscurité était rassurante. Les livres jaunis qui jonchaient le sol lui étaient familiers. Elle aimait les mots sur leurs pages. Le bois qui craque et le vent qui siffle lui tenaient compagnie. Une compagnie apaisante. Alors que dehors, le monde hurlait.

Dehors, on disait que la maison était hantée.

L.W.

Elle et je

Elle te regarde ; je rêve.
Elle est avec toi, je suis ailleurs.
Sa peau est chaude, la mienne est de glace.
Ses yeux te fixent, ils regardent en toi. Mon regard s’évade, loin.
Son esprit est calme. Dans ma tête, tout n’est que mouvement.

Je te regarde ; elle rêve.
Je suis avec toi, elle est ailleurs.
Ma peau est chaude, la sienne est de glace.
Mes yeux te fixent, ils regardent en toi. Son regard s’évade, loin.
Mon esprit est calme. Dans sa tête, tout n’est que mouvement.

Elle sait qui je suis.
Je sais qui elle est.

L.W.

Au Salon Bleu

À chaque fois qu’elle se retrouvait dans un de ces endroits marqués par le passé, elle aimait à imaginer des histoires fantaisistes qui auraient pu y avoir lieu. Des pieds avaient foulé le parquet du Salon Bleu depuis plus d’un siècle. Peut-être y avaient-ils dansé au son de l’orchestre, ou fait les cent pas en attendant quelque chose. Ou quelqu’un. Plus de cent ans que des yeux se levaient sur les gentianes et les chardons des fresques Art Nouveau. Sans doute admiratifs, mais peut-être aussi ailleurs, les regardant sans les voir vraiment. Des personnes se sont-elles rencontrées, aimées, fantasmées ou espérées sous ce plafond bleu ? Que leur inspiraient donc ces vitraux colorés ? Étaient-elles choquées, ou admiratives de ce nouvel art ? Elle se demande aussi comment les hôtes du Salon étaient vêtus. Ce qu’ils y ont mangé, bu. Et puis surtout, qu’y ont-ils rêvé ?

L.W.

Le froid

La blancheur d’un paysage enneigé l’émouvait chaque hiver. Dès que la neige recouvrait le sol et les arbres, c’était comme si tout devenait pur. L’air, si sec ; le silence, si profond ; et la lumière, d’un éclat serein. Elle avait froid, mais elle se sentait emplie de douceur. Ces photos lui tenaient à cœur. Elle aimait retourner dans cette région des hauts sapins qui lui était chère. Elle se réjouissait toujours à la vue de ces paysages et de la tranquillité qu’ils dégageaient. Alors qu’elle posait, elle fut envahie de mélancolie et de gratitude. Elle ne pensait plus à rien d’autre.

L.W.

Au pays des boîtes à musique

À chaque fois qu’elle voyait l’un de ces mécanismes se mettre en marche, son cœur fondait. L’automate rejouait une musique du passé, tandis que les petites poupées sortaient de leur sommeil. Sur cet air de fête foraine d’antan, les danseuses tournoyaient et faisaient de petits bonds. Qu’elles étaient mignonnes. Elle avait eu envie de leur ressembler. Elle avait mis du rouge sur ses joues, et accentué ses cils. Sur les photographies, probablement que son regard trahirait son émerveillement.

L.W.